Entrer sur la Plaza de Armas de Cusco, c’est entrer dans deux villes à la fois. Sous les arcades coloniales, les murs incas sont toujours là, et cette superposition se lit à chaque angle.
Ce guide retrace son histoire, les édifices qui l’entourent et les raisons pour lesquelles, cinq siècles plus tard, elle reste le véritable centre de la vie cusquénienne.
Une histoire inscrite dans la pierre : l’origine de la place
La place conserve les traces de deux époques superposées, et comprendre la seconde sans la première est impossible.
Pour les Incas, c’était le Haukaypata, cœur cérémoniel du Tahuantinsuyu et point de départ des quatre routes qui structuraient l’empire.
On y célébrait les grandes cérémonies du calendrier, dont la fête du Soleil, en présence d’autorités venues de tout le territoire.
Les conquistadors arrivent au XVIe siècle et réorganisent l’espace : ils en réduisent la taille et élèvent églises et demeures seigneuriales sur les bases incas.
Nombre des bâtiments qui l’entourent reposent littéralement sur des palais incas, et ces fondations restent visibles sur plusieurs façades.
Le nom lui-même est colonial : Plaza de Armas désignait l’espace où se rassemblaient les troupes d’une ville espagnole.
Elle se lit aujourd’hui comme un livre ouvert : chaque mur permet de distinguer la part inca de ce qui fut ajouté ensuite.

La fusion de deux architectures : que regarder
La place associe appareillage inca et architecture coloniale espagnole sur un même plan, et ce mélange constitue son principal intérêt architectural.
Le tracé inca répondait à la religion et à l’astronomie : l’orientation de l’espace et de ses constructions suivait des positions solaires précises.
Les Espagnols ont conservé une bonne part des murs par simple efficacité constructive et bâti leurs propres édifices par-dessus.
Sur cette base, ils ont ajouté leur symbolique religieuse : la Cathédrale et l’église de la Compagnie de Jésus dominent aujourd’hui deux côtés de la place.
Les portiques à arcades et les balcons de bois sculpté complètent l’ensemble colonial qui entoure l’espace ouvert.
Le résultat n’est ni un édifice inca ni un édifice espagnol, mais une architecture métisse propre à ce lieu.
Repérer la ligne où s’arrête la pierre inca et où commence la construction coloniale reste la meilleure façon de lire la place.

Plus que de la pierre : le rôle culturel de la place
La place n’est pas qu’un patrimoine : elle demeure le centre social de Cusco, où l’on se retrouve n’importe quel jour de l’année.
Elle a été le théâtre d’événements décisifs, des cérémonies incas aux épisodes majeurs des périodes coloniale et républicaine.
Chaque mois de juin s’y tient l’Inti Raymi, la reconstitution de la fête du Soleil, qui rassemble des milliers de personnes alentour.
Le reste de l’année, processions, défilés scolaires et foires occupent régulièrement l’espace.
À la tombée du jour, l’éclairage change entièrement l’ambiance : c’est l’un des meilleurs moments pour la voir.
Autour, plusieurs cafés à balcon permettent d’observer l’animation depuis l’étage.
À 3 400 mètres d’altitude, mieux vaut la prendre calmement les premiers jours : s’y asseoir un moment fait déjà partie du programme.
