Cusco se parcourt en deux jours et se comprend en bien davantage. Une grande part de ce qui rend la ville singulière ne se voit pas au premier regard : c’est dans le plan, dans les fondations et dans ce qui est resté dessous.
Voici les faits qui surprennent le plus les nouveaux venus, classés par ce que l’on peut vérifier en marchant.
La ville a la forme d’un puma
Le tracé inca de Cusco reproduit en plan la silhouette d’un puma, animal sacré dans la cosmovision andine.
Sacsayhuamán, avec ses murs en zigzag, forme la tête ; la zone entre les rivières Tullumayo et Saphy constitue le corps, et leur confluence la queue, dans le quartier qui s’appelle encore Pumaqchupan.
Ce n’est pas une légende touristique : cette disposition est décrite dans des chroniques du XVIe siècle et reste lisible sur le plan actuel.
C’était le centre exact d’un empire
Cusco signifie nombril en quechua, et le nom était littéral : de sa place principale partaient les quatre routes qui divisaient le Tahuantinsuyu en quatre régions.
L’empire s’est étendu sur ce qui forme aujourd’hui six pays, et tout ce réseau convergeait vers un point de cette ville.

Le Qorikancha était couvert d’or
Les chroniques décrivent le temple du Soleil avec des murs revêtus de plaques d’or et un jardin peuplé de plantes et d’animaux grandeur nature en métal précieux.
Tout ce métal fut fondu après la conquête. Une partie servit à la rançon d’Atahualpa, qui remplit une pièce d’or et deux d’argent sans parvenir à sauver sa vie.
Les murs incas ont résisté là où la ville coloniale a cédé
Lors du séisme de 1650, puis de celui de 1950, une bonne part des édifices coloniaux s’est effondrée tandis que les murs incas qui leur servaient de base sont restés intacts.
La raison est technique : la pierre ajustée sans mortier autorise un léger mouvement qui absorbe l’énergie sismique, et les formes trapézoïdales répartissent les poussées.
Après 1950, on a retiré des revêtements coloniaux et découvert des murs incas cachés depuis des siècles.

La pierre aux douze angles n’est pas la seule
C’est la plus célèbre, rue Hatunrumiyoc, mais Cusco compte des blocs à davantage d’angles, dont un à quatorze dans le même secteur.
L’essentiel n’est pas le nombre mais le fait que chaque pierre a été taillée pour s’emboîter exactement avec ses voisines, sans moule répété.
Le quechua est vivant et officiel
Plusieurs millions de personnes le parlent et, dans beaucoup de communautés de la région, c’est la première langue et non la seconde.
Il a donné au monde des mots comme condor, puma, quinoa ou pampa.
Le Machu Picchu n’était pas une cité perdue
Quand Hiram Bingham y arrive en 1911, des familles paysannes y vivent et y cultivent. Le site était perdu pour le monde extérieur, pas pour la population locale.
Et son nom d’origine n’était probablement pas celui-là : Machu Picchu signifie vieille montagne et désigne le sommet, pas nécessairement l’ensemble.

L’Inti Raymi a été rétabli au XXe siècle
La fête du Soleil fut interdite pendant la colonie et cessa d’être célébrée durant des siècles. La version actuelle a été rétablie en 1944 à partir des chroniques de l’Inca Garcilaso.
C’est aujourd’hui le deuxième événement le plus fréquenté d’Amérique du Sud, et il remplit Cusco chaque 24 juin.
La ville est à 3 400 mètres, et cela change tout
L’eau bout en dessous de 90 degrés, ce qui modifie les temps de cuisson, et l’alcool monte plus vite à la tête.
C’est aussi pourquoi la feuille de coca est partout et pourquoi la première journée de tout voyage doit rester tranquille.
Capitale, puis non, et aujourd’hui capitale historique
Les Espagnols ont transféré le pouvoir à Lima pour son accès à la mer, et Cusco est passée au second plan pendant des siècles.
La Constitution péruvienne la reconnaît aujourd’hui comme capitale historique du pays, et son centre est inscrit au patrimoine mondial depuis 1983.
