Quand on parle du Manu, on parle presque toujours de faune : aras, loutres, singes. La flore reste un décor, et c’est une erreur.

Ce sont les plantes qui expliquent pourquoi il y a tant d’animaux. Chaque étage de végétation nourrit une communauté animale différente ; sans comprendre la forêt, on ne comprend pas ce qu’on y voit.

Le sous-bois, ce monde sous la canopée

Sous les grands arbres s’étend une couche de végétation qui reçoit très peu de lumière et qui a développé ses propres stratégies de survie.

Les fougères arborescentes, qui semblent venir d’une autre ère géologique, dominent les zones humides et ombragées de la forêt de nuages.

Les broméliacées retiennent l’eau à la base de leurs feuilles et forment de petits bassins où vivent des grenouilles, des insectes et des larves qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Les lianes montent vers la lumière en s’appuyant sur les troncs voisins ; ce sont les autoroutes des singes.

Et les figuiers étrangleurs, qui germent dans la cime d’un autre arbre et descendent leurs racines jusqu’au sol, finissent par tuer leur hôte et laissent un tronc creux.

Vibrant yellow and orange Andean wildflowers, known as Mashua, blooming in the highlands of Peru with raindrops on petals.

Les fleurs de la forêt

Les héliconias, avec leurs bractées rouges et jaunes en forme de pince, sont les plus visibles depuis le fleuve et nourrissent plusieurs colibris.

Les orchidées du Manu se comptent par centaines d’espèces, souvent minuscules et épiphytes, poussant sur les branches sans les parasiter.

Les passiflores n’ouvrent leurs fleurs que quelques heures et dépendent de pollinisateurs très précis, ce qui en fait un bon indicateur de l’état de la forêt.

Le victoria regia, dont les feuilles flottantes dépassent le mètre, apparaît sur les cochas et les eaux calmes.

Presque toute cette floraison repose sur une relation étroite avec un animal : un insecte, un oiseau ou une chauve-souris. Si l’un disparaît, l’autre suit.

Cloud Forest Manu Reserve

Plantes médicinales et plantes chargées d’histoire

La griffe de chat est sans doute la plus connue hors du Pérou, traditionnellement utilisée comme anti-inflammatoire.

Le sang-dragon, une résine rouge qui perle lorsqu’on entaille l’écorce, s’applique sur les plaies.

L’ayahuasca et le chacruna forment la combinaison rituelle la mieux documentée d’Amazonie, avec un usage cérémoniel antérieur de plusieurs siècles au tourisme.

Le quinquina a donné la quinine, premier traitement efficace contre le paludisme, et figure sur les armoiries du Pérou.

Disons-le clairement : ce savoir appartient aux communautés qui l’ont construit, et aucune de ces plantes ne doit être utilisée seul.

Lors d’une marche guidée au Manu, demander au guide d’expliquer les plantes change tout ce que l’on voit. Le vert cesse d’être indifférencié.

Lush green leaves and small pink flowers of the Cinchona tree, the national tree of Peru, found in the Manu rainforest.