Dans les Andes péruviennes, les rituels ne sont pas une représentation pour visiteurs : ils se célèbrent qu’il y ait du public ou non, et s’inscrivent dans le calendrier agricole et familial.
Qui voyage dans la région les rencontrera, et les comprendre change tout : une offrande avant de commencer un trek cesse d’être du folklore pour devenir ce qu’elle est.
D’où ils viennent
Le socle est antérieur aux Incas et a survécu à l’évangélisation en se mêlant au catholicisme plutôt qu’en s’y substituant.
Ce syncrétisme explique qu’une même fête réunisse une image chrétienne et une offrande à la terre sans que personne n’y voie de contradiction.
Le monde andin s’organise en trois plans : le hanan pacha ou monde d’en haut, le kay pacha ou monde présent et l’ukhu pacha ou monde intérieur.
Les deux figures centrales sont la Pachamama, la terre entendue comme mère, et les apus, esprits des montagnes qui protègent chaque communauté.
Le principe qui ordonne l’ensemble est la réciprocité : si l’on reçoit de la terre, il faut lui rendre. D’où l’ayni, l’entraide entre personnes, et le paiement à la terre.


Les rituels que vous verrez le plus
Le paiement à la terre est le plus fréquent. On prépare un despacho, une offrande disposée sur du papier avec des feuilles de coca, des graines, de la graisse, des sucreries et des éléments symboliques, ensuite brûlée ou enterrée.
Il est conduit par un spécialiste rituel, le pampamisayoq ou altomisayoq, qui dispose chaque élément dans un ordre précis en invoquant la Pachamama et les apus.
Août est par excellence le mois de la Pachamama : la terre est considérée comme ouverte et réceptive, et l’on fait des offrandes avant les semis.
La lecture des feuilles de coca est une pratique divinatoire répandue : la façon dont les feuilles retombent est interprétée pour orienter des décisions.
L’Inti Raymi, chaque 24 juin à Cusco, est la version publique et massive de l’ancienne fête du Soleil.
Le Qoyllur Rit’i, pèlerinage vers un sanctuaire glaciaire au-dessus de 4 600 mètres, rassemble des dizaines de milliers de personnes et figure au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Et dans chaque maison neuve, chaque récolte ou chaque voyage important, il y a un geste rituel, même bref.


Comment y participer avec respect
Si l’on vous invite à une cérémonie, acceptez ou déclinez simplement, mais ne la traitez pas comme un spectacle : ce n’est pas une performance.
Demandez toujours avant de photographier. Beaucoup de rituels l’interdisent, d’autres seulement à certains moments.
Suivez les indications du spécialiste : certains éléments ne sont manipulés que par lui, et certains moments se passent en silence.
Il est d’usage de contribuer, en argent ou en nature. Demander ce qui convient n’a rien d’impoli, au contraire.
Méfiez-vous des cérémonies vendues comme produit touristique express, surtout celles qui impliquent des plantes aux effets puissants : sans cadre sérieux, elles ne sont ni sûres ni authentiques.
Et gardez à l’esprit la nuance la plus importante : pour ceux qui les pratiquent, il ne s’agit pas de spiritualité alternative mais de leur religion quotidienne.
